samedi 27 octobre 2012

Batwoman Elégie


      Il faudrait un jour que je lise une BD qui ne me laisse pas sans voix, sur le cul, rêveuse et envieuse. Une BD qu'on consomme à loisir comme le croissant du matin dont on a pas besoin mais qui varie nos habitudes, ou l'émission télé idiote dont on ferait mieux de se passer, mais qu'on regarde parce qu'on veut se changer les idées. Lire un bon vieux Boule et Bill, un Tintin au Tibet ou même un Schtroumpf s'il le faut, oui. Juste pour se rappeler comment c'était avant. Avant mon entrée dans le monde DC, avant Greg Rucka et J. H. Williams III. Avant Batwoman Elégie.

      Tout d'abord une petite explication pour ceux qui ne connaissent ni le perso, ni le récent relaunch DC. Batwoman a été créée en 1956 par Bob Kane et Sheldon Moldoff, elle s'appelait Kathy Kane et était la cousine de Bruce Wayne. Cette touche féminine de Gotham a fini par s'estomper et retourner dans l'ombre.
2006. Dans la série hebdo 52 de DC Comics, Greg Rucka reprend le perso, mais sous une origine différente; Kate Kane, fille de militaires, juive et homo, lutte contre la pègre de Gotham. Elégie est le tome 0, car il s'agit encore d'histoires faisant partie de DC Classiques (période allant de 1985 à 2011); ce sont les aventures 854 à 863 parues dans Détectives Comics.
La suite est Batwoman Hydrologie, donc appelée tome 1 puisqu'elle appartient à DC Renaissance. Mais là n'est pas le sujet aujourd'hui, je vous parlerai de cette histoire un autre jour.

Batwoman Elégie comporte 3 parties: "Elégie" (4 chapitres aux noms de termes italiens musicaux: "Agitato", "Misterioso", "Affettuoso" et "Rubato"), "Go" (3 chapitres à différents moments de la vie de Kate: vingt ans, sept et quatre ans auparavant) et pour finir "Cutter" (3 chapitres). Trois arcs sont donc présents dans ce recueil, tous scénarisés par Rucka, les deux premiers sont dessinés par J. H Williams, le dernier l'est par Jock.

Entrée en matière brutale dans un Gotham nocturne, Batwoman poursuit un homme pour l'interroger. Les douze ordres du crime de la ville ont élu un nouveau dirigeant, et elle veut connaître son nom. Son enquête la conduira à rencontrer à plusieurs reprises Batman, symbole de la ville qui garde un oeil sur la jeune femme.

 

De jour, Kate Kane reprend sa vie de femme moderne, rythmée par les entraînements avec son père officier qui l'aide dans son travail nocturne et ses rencontres amoureuses tumultueuses avec des femmes qui ignorent son identité secrète.



Batwoman poursuit donc son enquête dans les bas-fonds de la ville, et ses habitudes sont différentes de celles de Batman, c'est-à-dire bien plus violentes et persuasives.



Une nuit, elle rencontre enfin le nouveau dirigeant, au statut quasi religieux, qui s'avère être une femme redoutable: la Haute Dame, tout droit sortie d'un Lewis Caroll. Folle et cruelle, cette Alice est un ennemi redoutable. La fuite semble être la seule solution pour Batwoman, qui retrouve dans la forêt les "Vrais croyants", métamorphes qui viennent à son secours. Mais la jeune femme, forte et intelligente, est déterminée à affronter le Mal au doux visage.


L'issue de cette première partie, qui affecte Kate au plus profond de son âme, conduit Rucka à nous raconter les origines de la jeune femme. Dans "Go", les flashbacks montrent l'héroïne enfant, qui vit le plus terrible des drames, ce qui explique son fort lien avec son père. Jeune femme, elle rejoint l'armée, mais ne peut y rester vu son orientation sexuelle et son refus de nier ce qu'elle est. C'est une femme perdue qui revient à Gotham, mais qui a à coeur d'aider les gens et de lutter contre le mal. Son envie de combattre sera à l'origine de son alter-ego justicier...

Dans le dernier arc, la fascinante héroïne enquête sur la disparition de jeunes femmes, dont sa propre cousine, Bette Kane (qui a elle aussi un secret). L'histoire est mise en parallèle avec celle de Batman, qui traqua le même psychopathe, "Cutter". Là aussi, les différences entre les deux héros sont fulgurantes, jusqu'au dénouement final.

Le scénariste, autrement connu pour ses romans noirs, a livré ici des scénarios brillants où la jeune femme gagne ses galons d'héroïne indispensable dans l'univers DC. Le personnage est devenu un symbole dans la lutte contre les discriminations sexuelles, rappelant Dan Choy, militaire gay victime du "Don't ask, don't tell" de l'armée américaine, qui le renvoya.
La première partie du recueil oscille entre onirisme et mysticisme, et les compositions des pages de Williams aident le lecteur à entrer dans cette histoire fantastique. Jamais je n'avais vu tel découpage des cases, ni telle intensité et abondance dans l'exposition des scènes. Tout est magistral et fait d'une main de maître. Les références à un style "Art Nouveau" ne sont pas loin. Dans la deuxième partie, "Go", Williams se permet même de modifier son style de dessin pour les flashbacks. Dans la dernière partie, Jock (dessinateur de Batman, Sombre reflet) a un style bien plus brut, mais classique, par rapport à l'émerveillement ressenti par les créations de Williams.


Bonus ivre: en plus des habituelles couv' alternatives, Urban Comics nous offre des recherches pour le personnage de Batwoman, avec des explications sur le costume, mais aussi des extraits des scripts originaux traduits de Rucka, avec les illustrations en noir et blanc correspondantes de Williams.

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